J'avais 38 ans. Responsable concierge dans un hôtel 5 étoiles à Grand Baie.
Costume impeccable. Sourire de catalogue. "Bonjour Madame, puis-je vous aider ?"
J'avais le titre. Le salaire. La sécurité.
Un soir, un couple de Français arrive. Fatigués. Déçus. Avec ces yeux qu'on a quand
on a payé cher pour quelque chose qui ne valait pas la dépense.
"On a fait toutes les excursions officielles. On était 50 dans un bus.
Le guide nous donnait 10 minutes à chaque arrêt. C'était beau sur les photos.
Vide dans nos cœurs."
Je leur ai souri. Professionnel. Je leur ai donné des bons de réduction pour le spa.
Cette nuit-là, je n'ai pas dormi.
Parce que MOI, je savais. Je savais où trouver la cascade cachée
où l'eau est si claire qu'on voit les poissons à cinq mètres de profondeur.
Je connaissais le pêcheur de Grand Baie qui sort en mer à 5h du matin et qui chante
du séga en tirant ses filets. Je savais où manger le meilleur dholl puri de l'île,
dans une cahute sans nom où les locaux font la queue depuis l'aube.
Mais je vendais des brochures. J'étais complice d'un mensonge.
Ces touristes venaient chercher l'âme de Maurice.
Et le tourisme industriel leur vendait une coquille vide.
Le lendemain, j'ai posé ma lettre de démission. Sans plan B.
Sans économies suffisantes. Juste une certitude dans le ventre,
aussi solide que le basalte de Le Morne :
si je ne fais pas ça, qui le fera ?
En 2019, Pretty Tours était née. Pas une agence. Pas un business plan.
Une promesse.